Les contes hindous

contes du Vampire

conte des trois frères


Comment le prince obtint une femme grâce à son ami le fils du ministre.

Il est une ville nommée Vârânasî, résidence du dieu Siva; comme la montagne sacrée du Kailâsa, des êtres saints l'habitent. Le Gange, fleuve céleste, toujours riche en eaux, coule à ses pieds, tel un collier de perles. Là régnait jadis un roi du nom de Pratâpamukuta: il détruisait par sa vaillance les tribus hostiles comme le feu consume les forêts. Il avait un fils du nom de Vajramukuta, dont la beauté brisait l'orgueil du dieu Amour comme son courage brisait l'orgueil des ennemis. Ce prince avait pour ami le fils d'un ministre, homme de grande intelligence, qu'il chérissait plus que sa vie même et qu'on appelait Buddhisarïra.
Or, un jour que le prince s'amusait avec son ami, il parcourut une longue distance, se laissant emporter par son goût excessif pour la chasse. De ses flèches il tranchait les têtes des lions avec leurs crinières, crinières pareilles à des queues de yak, signe de la majesté royale de ces courageux animaux. Il entra ainsi dans une grande forêt.
On eût dit le séjour du dieu Amour : les coucous en chantant faisaient l'office de bardes ; les arbres y rendaient hommage avec leurs frondaisons qui ondoyaient comme des queues de yak. Le prince, accompagné du fils du ministre, vit alors un lac merveilleux, sorte de second océan, terre natale des lotus aux mille couleurs. Et dans ce lac apparut une fille à la beauté céleste, qui était venue là pour se baigner avec ses suivantes. Elle semblait emplir le lac du torrent de sa grâce ; avec l'éclat de ses yeux on eût dit qu'elle créait un nouveau parterre de lotus bleu foncé, tandis qu'avec son visage, qui éclipsait le charme de la lune, elle effaçait la beauté des lotus blancs. En un instant elle ravit l'âme du prince. Et le jeune homme, de son côté, captura les regards de la jeune fille, si bien qu'elle ne prit pas garde à sa pudeur ni même à la manière dont elle était vêtue.
Mais, comme avec son compagnon il la contemplait ainsi, se demandant qui elle pouvait bien être, elle fit, sous couleur de s'amuser, un signe destiné à indiquer quel était son pays, son nom et autres particularités.
De son aigrette de fleurs elle préleva un lotus bleu qu'elle posa sur l'oreille après l'avoir longtemps façonné en dentelures; sur sa tête, elle mit ensuite un nymphéa; enfin elle fixa expressivement sa main sur son cœur.
Le prince ne reconnut pas ce signe. Mais le fils du ministre, qui était perspicace, avait compris.
Au bout d'un moment, la jeune fille partit, emmenée par ses suivantes. Elle rejoignit sa maison où elle se tint, affalée sur un sofa, tandis que sa pensée restait attachée au prince, par le signe même qu'elle avait tracé. De son côté le prince, revenu dans sa ville, tomba, étant privé d'elle, dans un état pitoyable, tel un Esprit aérien qui aurait perdu ses dons magiques.
Et comme le fils du ministre l'interrogeait un jour seul à seul, lui disant que cette jeune femme n'était pas difficile à gagner, le prince, perdant sa retenue, lui dit : « On ne connaît son nom, ni son village, ni sa famille. Comment pourrait-on la gagner ? Pourquoi me donnes-tu un vain encouragement ?
« N'as-tu donc pas vu, répondit le fils du ministre, ce qu'elle laissait entendre au moyen d'un signe ? En mettant le lotus bleu à son oreille, elle te disait j'habite au royaume du roi Karnotpala. En façonnant des dentelures, elle donnait à savoir je suis la fille d'un ivoirier. En faisant du nymphéa un diadème, elle expliquait je m'appelle Padmâvati. Enfin, en mettant la main sur son cœur, ma vie est à toi. Or, au pays de Kalinga, il y a un roi nommé Karnotpala. Là vit un ivoirier de grand mérite, enrichi par la faveur royale, qui a nom Samgrâmavardhana et qui a pour fille Padmâvati, joyau des trois mondes, plus chère à son père que ne l'est sa vie même. Je tiens cela, ô prince, de la rumeur publique et te dis les choses comme elles sont : voilà comment j'ai pu comprendre le signe qu'elle a tracé, visant à indiquer quel était son pays, son nom et autres particularités. »
Quand le fils du ministre eut ainsi parlé, le prince fut content d'avoir un ami si intelligent, et il se réjouit, car il avait maintenant le moyen de réussir. Il délibéra donc avec lui, quitta le palais en sa compagnie et, dans son désir d'atteindre la femme aimée, il retourna dans cette même direction, sous le prétexte de chasser.
A mi-route il égara les hommes d'armes grâce à ses chevaux rapides comme le vent, et, escorté du seul fils du ministre, il gagna le pays de Kalinga. Ils parvinrent à la ville du roi Karnotpala où, après s'être informés, ils virent la maison de l'ivoirier. Non loin de là ils entrèrent, pour y passer la nuit, dans la demeure d'une vieille femme. Le fils du ministre donna de l'eau et du fourrage aux deux montures, les dissimula et, s'adressant à la vieille en présence du prince : « Eh, la mère, dit-il, connaissez-vous l'ivoirier Samgrâmavardhana ? »
« Je le connais, certes, répondit-elle en confiance : j'ai été sa nourrice et maintenant il m'a engagée comme duègne auprès de sa fille Padmâvatï. Toutefois je n'y vais plus, n'ayant plus de vêtements : mon mauvais fils, un joueur, me les dérobe dès qu'il m'en voit. »
A ces mots, le fils du ministre, satisfait, gratifia la vieille de son manteau et d'autres menus dons, puis : « Tu es pour nous une mère, lui dit-il ; fais donc en secret ce que nous allons te dire. Va trouver la fille de l'ivoirier Padmâvatï et annonce-lui que le prince qu'elle a vu aux bords du lac est arrivé ici et qu'il t'a envoyé le lui dire, en son affection pour elle. »
« Ainsi ferai-je, dit la vieille qui, subjuguée par les cadeaux reçus, se rendit chez Padmâvatï d'où elle revint un instant après.
Interrogée par le fils du roi et le fils du ministre, « J'y suis allée, répondit-elle, je lui ai fait part en secret de votre arrivée. Dès qu'elle eut entendu, elle m'a injuriée et de ses deux mains enduites de camphre m'a frappée au visage, sur les deux joues. Je suis rentrée en pleurant, interdite sous le coup de l'humiliation. Voyez vous-mêmes, mes fils, les marques de ses doigts sur ma figure. »
Quand elle eut ainsi parlé, le fils du roi se laissa abattre par le désespoir. Mais le fils du ministre à la grande intuition lui dit en aparté : « Ne soyez pas abattu ! Si, tenant son dessein secret, elle a injurié cette vieille et imprimé sur sa figure dix doigts blancs de camphre, c'est qu'elle voulait signifier que vous deviez attendre les dix nuits prochaines de cette quinzaine, que le clair de lune ne rend pas propices à un rendez-vous. »
Après avoir ainsi consolé le prince, le fils du ministre alla vendre en cachette, au marché, un peu de l'or qu'il avait entre les mains. Il fit préparer par la vieille des mets fins que tous deux mangèrent en sa compagnie.
Dix jours passèrent ainsi. En son désir de savoir ce qu'il en était, le fils du ministre dépêcha de nouveau la duègne auprès de Padmâvati. Avide qu'elle était de plats fins, de breuvages et autres délicatesses, celle-là s'en retourna, afin de faire plaisir au prince, dans la chambre de Padmâvati. Elle en revint et dit : « Je viens d'y aller et me suis tenue d'abord en silence. A nouveau elle m'a reproché de lui avoir parlé de vous et m'a frappé la poitrine avec trois doigts enduits de laque rouge : vous me voyez revenir en cet état. »
A ces mots, « Ne te fais pas de souci bien à tort, dit le fils du ministre au prince, parlant en toute quiétude. Si elle a posé astucieusement sur le cœur de la vieille la triple marque de ses doigts enduits de laque rouge, c'est qu'elle voulait faire entendre qu'elle avait ses époques et les aurait encore les trois nuits à venir. »
Trois jours passèrent donc. Le fils du ministre envoya de nouveau la vieille auprès de Padmâvati. Elle s'y rendit. Padmâvati l'honora, la divertissant, la traitant affectueusement tout le jour avec des boissons et autres agréments.
Mais le soir, comme la vieille se disposait à rentrer, un tumulte effrayant s'éleva au dehors : « Malheur! hurlaient les gens. Un éléphant sauvage a rompu ses entraves ; il court en piétinant la foule. »
Alors Padmâvatï dit à la vieille : « Il ne convient pas que tu t'en ailles par la voie ordinaire ; elle est bloquée par l'éléphant. Nous allons te faire monter sur une banquette suspendue à une corde et te projeter par la grande fenêtre que voici. Une fois dans le parc, tu grimperas sur cet arbre là-bas, tu franchiras la muraille et redescendras par un autre arbre. C'est ainsi qu'il te faut regagner ta maison. »
Elle ordonna donc à ses servantes de faire glisser la vieille au moyen de la banquette munie d'une corde. Une fois revenue par le chemin qu'on a dit, elle raconta au fils du roi et au fils du ministre tout ce qui s'était passé.
« Tes vœux sont exaucés, dit le fils du ministre au prince : c'est la voie d'accès vers elle qu'elle t'a indiquée à l'aide d'un artifice. Va donc aujourd'hui même, à la tombée de la nuit ; entre dans le palais de ta bien-aimée par ce chemin-là. » Le prince, accompagné de son ami, gagna donc le parc par la voie de la muraille, comme la duègne l'avait décrite. Il vit la corde qui pendait, avec la banquette que commandaient d'en haut les servantes guettant le chemin. Une fois installé sur le banc, il fut rapidement hissé avec la corde par les servantes, et il entra par la fenêtre chez sa
bien-aimée. Le fils du ministre s'en revint chez lui. Le prince vit alors Padmâvatï, au visage de clarté, dont la beauté irradiait, telle la Nuit de pleine lune qui demeure cachée par crainte de la quinzaine sombre. Elle le vit à son tour, et, se levant, l'honora d'embrassements et autres marques de tendresse convenant à une longue attente amoureuse. Le prince l'épousa selon le rite du consentement mutuel, puis, ses désirs comblés, il resta là en secret avec sa bien-aimée.
Après s'être tenu ainsi plusieurs jours, il lui dit un soir : « Mon ami le fils du ministre, qui était venu avec moi, est demeuré ici ; il habite seul chez ta duègne. Je vais aller le saluer, puis reviendrai vers toi, ô ma belle. »
Alors la rusée Padmâvati : « Je te pose une question, prince : ces signes que j'avais tracés, est-ce toi ou est-ce ton ami le fils du ministre qui les avait compris ? »
« Je n'avais rien compris du tout, répondit le prince, c'est lui, le fils du ministre, qui a tout compris et m'a expliqué ; il a une intuition surhumaine. »
Réfléchissant un instant, « En ce cas, dit la belle jeune femme, il n'est pas juste que tu ne m'aies jamais parlé de lui durant tout ce temps. Étant ton ami, il est un frère pour moi. J'aurai toujours à le servir en premier avec du bétel et autres marques d'honneur. »
Là-dessus elle le laissa partir. Passant par le chemin qu'on a dit, le prince arriva de nuit auprès de son ami ; au milieu de la conversation il lui raconta ce qui le concernait, comment il avait relaté à sa bien-aimée la manière dont les signes avaient été compris. Alors le fils du ministre marqua sa désapprobation : « Ce n'est pas bien », dit-il. Puis la nuit blanchit. Et tandis qu'ils poursuivaient leur causerie, le rite matinal une fois terminé, une amie de Padmâvati survint, qui tenait en mains des mets cuits et du bétel. Elle prit des nouvelles du fils du ministre en lui donnant des friandises ; et, pour empêcher le prince d'en manger, elle l'avisa habilement, au cours de l'entretien, que sa maîtresse attendait son arrivée pour commencer le repas. Au bout d'un moment elle sortit subrepticement.
« Regarde, prince, s'écria le fils du ministre : je vais te montrer quelque chose de curieux. » Et il donna un peu de cette nourriture cuite à manger à un chien: le chien, dès qu'il l'eut avalé, tomba mort.
« Que signifie cette chose surprenante ? » demanda le prince au fils du ministre, qui répondit : « Elle a reconnu que j'étais perspicace parce que j'avais compris les signes ; elle m'a envoyé de la nourriture empoisonnée pour me faire périr, parce qu'elle t'aime et qu'elle se dit : Tant que son ami est là, le prince ne sera pas entièrement à moi ; il lui sera soumis, m'abandonnera et retournera dans sa ville. Garde-toi donc de t'irriter contre elle. Fais en sorte que cette noble dame soit obligée de quitter sa famille. Je vais chercher un moyen pour l'enlever et te le ferai savoir. »
« C'est bien avec raison, s'écria le prince, qu'on t'appelle Buddhisarïra. » Mais, comme il disait ces mots, une rumeur soudain s'éleva, des gens en proie à la douleur criaient : « Hélas, hélas, le fils du roi, un petit enfant, est mort. » Se réjouissant de la nouvelle, « Eh bien, dit le fils du ministre au prince, va cette nuit même chez Padmâvatï. Tu la feras boire au point qu'elle perde conscience sous l'effet de l'ivresse et soit sans mouvement, telle une morte. Alors, comme elle dormira, tu lui graveras sur la hanche une marque avec une pointe chauffée au rouge; puis, prenant toutes ses parures, tu sortiras par la fenêtre à l'aide de la corde suspendue et reviendras ici. Je verrai ensuite comment agir pour le mieux. »
Le fils du ministre fit donc faire un trident avec des pointes comme des soies de sanglier et le remit au prince, qui le prit en mains : trident cruel comme le cœur de son amante, souple comme celui de son ami, ferme comme l'acier.
Le prince dit « je ferai selon tes instructions ». La nuit venue, il se rendit comme à l'ordinaire chez Padmâvati. Les princes ne tergiversent pas quand parle leur ministre à l'âme pure.
Il la rendit donc inconsciente sous l'effet de l'ivresse, la marqua du trident sur son flanc, lui enleva ses ornements et revint près de son ami. Il lui dit ce qu'il avait fait, montrant les parures : le fils du ministre estima que le but souhaité était atteint. Il partit de bonne heure pour le cimetière, prit l'accoutrement d'un ascète; cependant qu'il déguisait le prince, comme par jeu, en étudiant brahmanique et lui disait « Prends avec toi un collier de perles provenant de ces parures et va au marché comme si tu voulais le vendre. Tu en demanderas un prix élevé, si bien que personne ne l'achètera, mais que chacun verra le joyau promené ainsi de place en place. Si les gardiens de la cité t'arrêtent, tu leur diras sans te troubler que ton maître te l'a donné pour que tu le vendes. »
Muni de ces instructions, le prince se rendit au marché, allant çà et là, tenant ostensiblement le collier.
Comme il agissait ainsi, les gardiens de la cité le virent et l'arrêtèrent : ils étaient en quête du voleur, ayant été informés du larcin dont avait été victime la fille de l'ivoirier. Il fut donc amené aussitôt devant le préfet, lequel, voyant qu'il avait l'air d'un ascète, le questionna avec douceur : « Qui vous a remis ce collier, Révérend ? Des bijoux ont en effet été dérobés cette nuit à la fille de l'ivoirier. »
« Il m'a été donné par mon maître, répondit le prince déguisé en ascète. Interrogez-le. »
Le préfet alla donc trouver celui-ci et, s'inclinant devant lui, « Comment ce collier est-il parvenu, ô Bienheureux, entre les mains de votre élève ? »
Le rusé fils du ministre, faisant faire le vide autour de lui, dit alors au chef de la police : « Je suis un ascète ; je circule constamment dans les forêts. Le hasard a voulu que j'arrive ici et me trouve de nuit dans ce cimetière. J'ai vu là un cercle de sorcières qui s'étaient assemblées de-ci de-là et au milieu, amené par l'une d'elles, le jeune fils du roi qu'on immolait à Bhairava en déchirant le lotus de son cœur. Tandis que je murmurais mon rosaire, cette sorcière aux grands pouvoirs magiques, saoule de vin, a tenté de me l'arracher avec des contorsions du visage. Comme elle poussait les choses trop loin, dans ma colère je l'ai marquée à la hanche avec un trident dont la pointe avait été enflammée par une formule sacrée; j'ai enlevé de son cou le collier que voici. Et maintenant je le mets en vente, un ascète ne pouvant décemment le porter. »
Le préfet se rendit chez le roi pour le mettre au courant. Le roi écouta et jugea que c'était bien là le collier. Pour faire l'enquête il dépêcha une vieille femme sûre. Celle-ci revint et rendit compte qu'en effet Padmâvati était marquée à la hanche d'une pointe fort visible. Il eut dès lors la conviction que son fils avait été dévoré par cette démone. Il alla trouver lui-même le fils du ministre déguisé en ascète et lui demanda quel châtiment il fallait infliger à Padmâvati. Sur l'avis du jeune homme, il ordonna qu'elle fût bannie de la cité. Les parents de la jeune femme se lamentèrent. Mais elle, bien que chassée, réduite à vivre en forêt, décontenancée, elle ne se laissa pas aller au suicide, car elle pensait que tout cela était un stratagème du fils du ministre. En effet, le jour tombant, tandis qu'elle pleurait, survinrent, montés à cheval, le fils du ministre et le prince qui avaient dépouillé leurs costumes d'ascètes; ils la réconfortèrent et, la hissant sur le cheval, l'emmenèrent dans leur royaume. Le prince vécut heureux avec elle. Quant à l'ivoirier, croyant que sa fille avait été dévorée par des bêtes fauves dans la jungle, il mourut de chagrin et sa femme mourut à sa suite.
Quand il eut achevé le récit, le vampire dit au roi : « Tranchez l'embarras où je suis en raison de la mort intempestive des deux époux. A-t-elle été la faute du fils du ministre, ou bien celle du prince, ou enfin de Padmâvati ? Vous êtes le plus intelligent des êtres. Si, la sachant, vous ne dites point la vérité, Sire, votre tête éclatera en cent morceaux, je vous l'assure. »
Trivikramasena qui savait répondit alors au vampire, car il craignait la malédiction : « O maître en Yoga, qu'y a-t-il là d'insoluble ? Aucun des trois n'était en faute. C'est le roi Karnotpala qui seul est responsable. »
Le vampire reprit : « Qu'a donc fait le roi ? Ce sont les trois autres qui ont agi. En quoi les corneilles pèchent-elles quand les canards dévorent les moissons ? »
Mais le roi : « Aucun des trois n'est coupable. Le fils du ministre, d'abord, est hors de cause, vu qu'il agissait pour le compte de son maître. Padmâvati et le Prince sont innocents : étant consumés par le feu des flèches du dieu Amour, tout occupés de leur souci personnel, ils étaient incapables de juger. Mais le roi Karnotpala est responsable : il ne s'est pas instruit dans les traités de politique, il n'a pas enquêté à l'aide d'espions, parmi ses propres sujets, sur la situation réelle et l'honnêteté des gens, il n'a pas compris le comportement des coquins, ni saisi leurs gestes ou autres indices, si bien qu'il a agi sans discernement. »
Quand le vampire logé dans le cadavre eut entendu ces mots, comme le roi, en répondant de façon correcte, avait néanmoins rompu son vœu de silence, il quitta aussitôt l'épaule du monarque grâce à sa force magique et partit, sans être vu, en quelque autre coin, afin de mettre à l'épreuve la constance du roi. Et ce dernier, intrépide, prit la détermination d'aller le rechercher.

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